samedi 1 septembre 2007

Untel

Facebook, vous connaissez?
À voir la quantité de personnes que j'y retrouve, assurément, oui, vous devez connaître...
C'est un site internet sur lequel on s'inscrit, on s'affiche, on met en ligne ses photos, on retrouve des amis perdus de vue depuis longtemps...

C'est sympathique. Des heures de plaisir. Des "qu'est-ce que tu deviens" à la pelletée, et des tonnes de trois petits points dans ce qu'on envoie comme réponse. Des tonnes d'occasions de se définir et de tenter de résumer sa vie de façon plus ou moins glorieuse en quelques brefs paragraphes.
Sympathique, donc, mais en même temps...
...étrange.

Ben... pour rejoindre mes amis, le téléphone, il paraît que ça marche encore.
Et puis, il y a les emails.
Et pour les amis perdus de vue...
Je veux dire... je ne voudrais pas diminuer l'importance de qui que ce soit, et il y a bien des personnes que je suis très contente d'avoir retrouvées sur facebook, mais techniquement, comme ils étaient perdus de vue... je peux vivre sans.
Et d'un autre côté, j'ai envie de savoir ce que chacun est devenu...

Soyons honnête, il y a bien un peu de curiosité là-dedans. Je ne dirai pas qu'en chacun de nous sommeille une mémère-potineuse-de-village, je vais me contenter de dire qu'en moi, il y en a une. Une p'tite senteuse fatiguante, comme le personnage de Marie-Lise Pilote qui espionne les voisins avec ses jumelles. Une mémère, pas pour mal faire, là... juste par curiosité. Qu'est-ce qu'untel est devenu, une telle a-t-elle des enfants, ces deux-là sont tu encore ensemble, celui qui avait des meilleures notes que moi est-il devenu médecin, lui, au moins... Le genre de voix intérieure qui ressort à l'occasion d'un conventum du secondaire, mais qui, grâce à la magie de l'internet, peut maintenant transformer ma cervelle en bavasserie de basse-cour à l'année longue.

Bon, ça, c'est pour la part de curiosité. Il y a bien autre chose, quand même, qui nous pousse à vouloir retrouver de vieilles connaissances... Un peu de nostalgie, sûrement. L'envie de ratrapper le temps perdu, aussi. Mais si je suis vraiment honnête avec moi-même, et donc avec vous qui me lisez, je dois admettre qu'elle est forte, l'envie de voir si je suis "comme les autres". Docteur, j'ai trente ans, j'ai encore la bougeotte, je déménage à tous les ans, je suis déjà divorcée, je ne sais pas encore ce que je vais faire de ma vie... Suis-je normale? Et les autres, eux... comment ils sont?

Je ne sais pas vous, mais moi, savoir que untel a vachement bien réussi et que une telle a embelli et qu'elle vit en Espagne, ça m'écoeure. J'aime bien savoir qu'on grossit, qu'on ramollit, et qu'on a notre lot d'épreuves. J'aime bien savoir que je ne suis pas toute seule.

Moi, savoir qu'untel est un loser, ça me fait du bien, ça me rassure. La pression tombe. Plus besoin d'impressionner et d'être la meilleure si je sais déjà qu'au moins, je ne suis pas la pire.

...

C'est moche, hein?

Toujours la petite voix intérieure qui compare, qui zyeute, qui checke, qui évalue.

Ben voilà: je n'ai jamais été particulièrement en faveur des fameux bulletins scolaires avec des lettres, des étoiles et des bonhommes sourires au lieu des chiffres et des pourcentages... je n'ai jamais été particulièrement contre non plus, en fait je ne me suis jamais tellement sentie concernée par le sujet, pour être franche... mais j'avoue qu'au fond de moi, quand le sujet refait surface au bulletin de 18h00, j'ai toujours plutôt tendance à défendre notre bon vieux fonctionnement traditionnel.

"La réalité, c'est que tout le monde n'est pas également doué."
"Oui mais... chacun a ses forces et ses faiblesses. "
"Ne devrions-nous pas préparer nos jeunes à affronter la dure réalité de notre société axée sur la performance?"
"Oui mais... ne sommes-nous pas en train de perpétuer ce fonctionnement justement en formant nos jeunes à coups de chiffres, de comparaisons, de cotes et de pourcentages?"

Enfin bref, toute argumentation vaut ce qu'elle vaut, et ça pourrait continuer comme ça longtemps... Pour ma part, je me demande simplement si les bulletins chiffrés n'auraient pas donné naissance à une génération de gens qui se comparent. Qui retrouvent l'impression de leur propre valeur seulement lorsqu'ils arrivent à se dire "yessss, j'ai eu la meilleure note". Ou bien si ça fait simplement partie de la nature humaine, peu importe le type de gribouilli présent sur les bulletins.

Quoi qu'il en soit, facebook, c'est le paradis des curieux.
Surtout des curieux qui veulent savoir si untel est pire ou mieux qu'eux.

* * *

Lui: "À qui t'écris?
Elle: -Un ami sur facebook. Un gars du secondaire.
Lui: -Ah..."

...

"C'est qui ça, la nouvelle fille qui est dans tes contacts?
-C'est Josianne.
-... LA Josianne?
-Oui oui, c'est elle.
-Ah. C'est elle qui t'as trouvé, ou c'est toi?
-Elle.
-Ah."

...

"C'est drôle, y'a plein de gars qui ont le même nom que mon ex sur facebook.
-Pourquoi, ...tu le cherches?
-Ben non, là, je checkais juste comme ça, pour le fun.
-Ah..."

...

"Eille, c'est spécial, j'ai une amie du primaire qui m'a retrouvé.
-Ah ouin? Bizarre, ça.
-Quand on était petits, elle était boulotte un peu, tout le monde la niaisait avec ça.
-Ah.
-Elle est rendue pas mal pitoune.
-..."

...

"J'ai un vieil ami, on faisait de la musique ensemble au secondaire...
-...et?
-ben, on s'est retrouvés, mais il me répond jamais. C'est platte.
-...
-Je l'aimais bien, cet ami là... C'est poche qu'il me réponde pas.
-Ben là, ça a dont ben l'air de te déranger..."

...

"My God, est dont ben belle, cette fille là... c'est qui?
-Elle? Ah, personne... une fille que j'ai connue au cégep.
-Une amie?
-Oui. Tsé, la chanteuse dont je t'ai parlé qui a eu plein de contrats super payants?"
-Bon, une autre affaire..."

...

Facebook, terre fertile pour la jalousie, aussi.
Mmmh, je pense que ce sera le thème d'une autre séance, docteur.

dimanche 12 août 2007

Casse-tête

C'est un vrai casse-tête. Un vrai de vrai, un 3 dimensions, un 5000 morceaux, une image avec des changements de couleur flous, un casse-tête neuf aux rebords presque coupants et qui sent le carton d'usine. Un vrai, je vous dis. Peut-être pas dans le sens habituel, mais quand même. Je m'explique.

On a décidé de retourner vivre dans les laurentides. C'est là qu'elle est, cette maison qu'on cherche. Ben, en fait, on ne l'a pas encore trouvée... mais on a décidé de l'endroit où chercher, c'est déjà ça. En attendant, un appartement dans la région fera l'affaire.

Simple, vous vous dites? Trouver l'appartement. Aller en visiter à 70 kilomètres de mon chez-moi actuel. Trouver un propriétaire qui accepte le puppy. Trouver quelqu'un pour prendre ma place dans mon 5 et demi anti-animalier. Dealer avec mon propriétaire frustré. Planifier les activités financières de l'automne à une heure de route. Repenser nos vies. Faire des boîtes, démonter les meubles ikéa. Des heures de plaisir en songeant à tout le bonheur que nous aurons à vivre entourés d'arbres et à apprendre à notre compagnon-poilu-non-clandestin plein de choses originales... Couché, reste, roule, arrête de japper, donne la patte. :O)

Mais le casse-tête, ce n'est pas ça. Pas tout à fait... du moins pas au sens où on l'entend généralement. Un casse-tête, c'est quelque chose de compliqué qui ne prend forme qu'après maintes et maintes tentatives du genre "le morceau rentre pas vraiment là, mais peut-être que si je pouvais le forcer juste un p'tit peu...". Allez, avouez donc, on s'est tous déjà essayés à faire entrer un boutte carré dans un trou rond, juste pour voir... tout d'un coup que ça marcherait, après tout, "me semble que c'est là que ça devrait aller". Dans le casse-tête, et dans nos vies aussi. On ne se rend pas jusqu'à forcer les choses vraiment... on ne voudrait pas briser un morceau de l'image... On fait juste s'essayer, s'imaginer qu'on a un peu de pouvoir sur les choses.

Le beau du casse-tête, c'est quand ça marche. Quand ça sort du chaos de la boîte. Enfin. Le boutte rond dans son encavure ronde, les morceaux de ciel avec les morceaux de ciel... Quand ça marche partout, là, pas juste avec les morceaux-du-contour-qui-sont-faciles-à-trouver à cause du côté droit!! Partout, chaque morceau dans son trou, chaque chose à sa place, chaque bout de paysage finalement complété. Sans rien forcer.

En une demi-journée de parution d'annonce sur les Pac, j'ai trouvé un couple pour prendre ma place. En 2 journées de visite, le futur logis dog-friendly est trouvé. En à peu près l'équivalent en recherches et entrevues, mon chum a réglé son salaire pour l'automne avec une compagnie de Sainte-Adèle. Bref, moins d'une semaine, et tout prend sa place, comme si tout avait eu une place bien déterminée à l'avance. Tout ça à partir d'un petit chien.

* * *

"...pis à part de ça, moi, c'est sûr que je reprends le logement l'année prochaine pour aller rester dedans, facque c'est certain que ton monde qui veulent reprendre le bail, ben j'vais leur dire qu'ils vont l'avoir jusqu'en juillet, pis après ça, c'est moi qui prend la place. "

Ah bon.

Tout ça pour apprendre que si j'avais pas planifié mon déménagement cette année, alors que tout semble comploter pour que ça se fasse, j'aurais sûrement été prise pour déménager de toute façon l'année prochaine.

En plus, il s'avère que les nouveaux locataires sont contents de l'arrangement, pressés qu'ils sont de partir de leur logis actuel, quitte à ce que ce soit pour une année, en attendant de trouver un endroit à plus long terme l'an prochain.

Non mais, c'est tu ben faitte rien qu'un peu?!
Ça, c'est un moment où on se dit, l'air satisfait, que "rien n'arrive pour e-rien".

Vraiment, j'aime bien penser que c'est pas moi qui choisit. :O)

jeudi 26 juillet 2007

3 ch 1sdb ss fini

poss bigénération ou duplex poss prop occ, occ rapide bcp potentiel ss 6 pi 1 sdb 1 sde 1 sfm bcp réno int gr fen neuve au sal sam pl bois fr...
À QUI LA CHANCE???!!!!!!!!

Hum. À qqun qui a bcp talent lect. et bcp $$$.

Des fois j'ai l'impression de passer mes journées à m'arracher les yeux et la cervelle à lire ce qui ressemble étrangement à des courriels d'ados.

Et un duplex par ci, et un condo par là, et une maison-bric-à-brac pas chère, et une autre encore moins chère parce qu'elle est plus loin de Montréal (que privilégier... l'emplacement ou le prix?) , et une maison en rangée, et un semi-détaché, et une avec un sous-sol fini, et l'autre avec le sous-sol à finir (le choix de le finir comme on veut, ou la facilité?) , et un condo dans un immense bloc avec piscine et sauna, et un autre sur un petit cul-de-sac avec son entrée privée (le luxe ou l'intimité?), et une maison avec un terrain grand comme ma main, et une autre avec un immense terrain qui coûte cher de taxes...

Ça y est, les abréviations des descriptions de propriétés valsent dans ma tête, ça m'étourdit, le coeur me lève...

Trop de choix, c'est comme pas assez.

* * *

J'ai toujours eu de la difficulté à prendre des décisions. Choisir, quelle horreur... Choisir, c'est se prononcer, s'affirmer, aller dans une direction et accepter de ne pas aller dans l'autre...

Je me souviens des rendez-vous cinéma avec mon premier chum, un indécis lui aussi. On se renvoyait les "Je sais pas, choisis, toi..." comme des coups gênés de balle de ping-pong. C'était encore pire au club vidéo... plus il y a de possibilités, pire c'est, on dirait. "Non, toi choisis, moi non plus ça me dérange pas..."

Ça me plaît de croire parfois que je ne choisis pas, que les choses s'imposent à moi. Ça me plaît quand même un peu de penser que c'est la vie qui décide, au bout du compte. Moins de pression sur mes petites épaules qui manquent d'entraînement.

* * *

Ça y est, il arrive.
Le proprio, à cheval sur sa moto... c'est le jour du loyer.
Faudra lui annoncer...

"Ça a l'air que vous voulez vous en aller? (bon, les potins vont vite)
- ...
- Ça prend 6 mois d'avis.
- ...
- Ou ben 3 mois de loyer."


Les trois-petits-points, c'est mon chum, dos à moi, dehors en tête à tête avec le propriétaire, tandis que je m'assure dans la cuisine que pépito-le-puppy fait son petit chien tranquille. Mon chéri répond bien correctement, j'en suis certaine, mais comme il est dos à moi, je n'entends rien. Je fais semblant de faire la vaisselle, question de me donner une contenance (même si personne ne me voit) en essuyant sans relâche le même contenant de plastique, tout en essayant d'entendre ce qui se dit dehors.

Le proprio semble insulté.
Ça vire au vinaigre.

" C'est pas moi qui ai manqué de respect dans c't'histoire là, c'est vous autres! "

Bon, là, il marque un point.

" Si vous voulez partir, ça va vous coûter 3 mois de loyer... moi ça m'dérange pas, j'ai déjà 3 personnes qui aimeraient ça avoir votre appartement."

Nous faire payer un dédommagement alors que tu sais très bien que tu ne perdras pas une cenne? Oups!! C'est fou comme un point gagné est vite perdu!

Et bla bla par ci, et bla bla par là, il est visiblement insatisfait, ce que je comprends plus ou moins étant donné qu'on fait ce qu'il faut faire... On a finalement décidé, on ne se débarassera pas du chien, alors on prévoit s'en aller, c'est tout. On respecte la règle: pas de chien dans l'immeuble. Inutile de vous dire qu'on ne prévoyait pas pour autant sacrer notre camp comme des sauvages! Je m'attendais à un arrangement tout simple, "laisse-nous un peu de temps, on se trouve un endroit, on te trouve quelqu'un, et on s'en va". Pourtant, on aurait dit que dans sa tête à lui, en une fraction de seconde, son idée était faite: nous sommes des trou-de-cul et des faiseux de trouble, et nous allons forcément soit brèter trop longtemps à son goût dans son logement chéri, soit partir trop tôt et le mettre dans le pétrin. D'un côté comme de l'autre, selon lui, c'est nous les méchants, les pas bons. Leçon numéro 1: apparemment la moindre dérogation à une règle établie par "l'autorité" nous appose à jamais l'étiquette de "pas-fiable".
Tout ça m'aura au moins appris quelque chose, moi qui n'ai jamais transgressé autre chose que des règles incompréhensibles de no-parking.

Tout choix comporte une perte, j'ai appris ça dernièrement.

Je m'attendais à perdre un appartement, rien de bien important, que du matériel.

J'ai perdu mon image de bonne-p'tite-fille-toujours-bien-sage, en choisissant de vivre selon mes critères et mes règles à moi. Ce n'est certes pas de tout repos, mais finalement, c'est plutôt réjouissant. Au fond, c'est probablement ça, être adulte. Assumer. Toute sa jeunesse on se fait dire ce qu'il ne faut pas faire... alors que pour être adulte, il faut assumer que parfois, un interdit, ça se transgresse.

Monde de fous.

Bon, elle est où, déjà, cette maison?

jeudi 19 juillet 2007

Papa, est-ce que je peux avoir un chien?

"Non.
-Ben là... Pourquoi?
-On a décidé que c'était non, c'est tout.
-Je te jure que je vais bien m'en occuper, ça ne dérangera personne... Envoye donc, nomme moi juste une bonne raison pour me dire non...
-J'en ai pas, de bonne raison, je te dis pas que c'est logique non plus, mais c'est une question de principe, c'est non, c'est tout. T'es pas chez vous, faqu' c'est moi qui décide."

Un regard de piteux-pitou n'a visiblement pas été suffisant.
Évidemment, ce n'est pas mon père qui vient de se prononcer, mais bien le propriétaire, pourtant le ton de voix est vraiment à s'y méprendre... Ben en fait non: mon papa à moi, il aurait pas été platte de même.

Bien sûr que je ne me suis pas abaissée à faire pitié en invoquant la fausse couche comme suprême argument émotivo-dramatico-affectif. Je me suis peut-être privée là d'un argument de choix, finalement...

"Bon. Faqu' qu'est-ce que tu proposes?
- Débarrasse-toi-z-en, ou ben déménage.
-..."

Bon, là, je vois ça d'avance: tous les propriétaires parmi vous vont se dire qu'ils comprennent; après tout, un chien, ça gruge les cadres de porte, ça jappe, ça fait peur aux personnes âgées, ça grafigne les planchers, ça chie partout, mon logement va avoir l'air du yâble, moi aussi j'aurais dit non. Sauf que vous savez quoi? Mon chien pour le moment ne fait rien de tout ça même si à son âge il est en principe dans le pire moment de comportement-énervé-pas-du-monde-de-petit-
chien. Et vous savez quoi aussi? Au pire, du caca ça se ramasse, un cadre de porte, ça se répare, un plancher, ça se protège avec des carpettes, et au pire ça se répare aussi; un maître, ça se responsabilise, autant qu'un chien qui prend des cours de dressage se dresse. Bref, me voilà dans la plus courante des situations: je me sais capable de faire en sorte de respecter les autres locataires et les lieux, mais je paye pour tous les épais incapables du monde entier qui ont déjà eu la brillante idée de faire chier leur rue tout entière en laissant leurs 3 dobermans seuls à la journée longue enfermés dans un 2 et demi.

C'est plutôt humiliant.

Je commence à trouver que j'ai passé l'âge de laisser quelqu'un d'autre décider pour moi.
Que la vie décide que je n'aurai pas de bébé dans 9 mois, c'était déjà un peu de trop.
Que le proprio se mette de la partie, c'est la goutte qui fait déborder mon verre de sangria cheap.

Et...

Et si....?

...

Et si moi, je devenais...

... propriétaire?

:O)

Je pourrais garder ma bibitte poilue, me sentir vraiment chez-moi pour une fois, et arrêter de jeter mon argent par les fenêtres à chaque mois...

Simple et facile, hein, comme vision?

Ben oui, je sais, être propriétaire, ça représente aussi des responsabilités, des dépenses, des réparations, du stress, des inquiétudes... j'aime mieux ne pas y penser. D'ailleurs, vous non plus, vous ne voulez pas y penser. Vous seriez encore tous locataires comme moi si vous vous y étiez vraiment arrêtés. Vous n'auriez pas eu de maison, d'enfants, de commerce, de rêve, de vie, et vous seriez peut-être en train de vous dire "j'aurais donc dû". Non merci.

Bon, le seul problème, c'est qu'en ce moment, je n'en ai pas réellement les moyens, mais si quelqu'un peut au bout du compte échanger un trombone pour une maison, je peux sûrement trouver un moyen moi aussi.

Reste juste à trouver.

Il me reste un mois et demi de vacances et de bail. Ça devrait suffire.

dimanche 15 juillet 2007

Pet Shop

Ça fait déjà presque longtemps...
Presque déjà deux mois et des poussières...

* * *

Un matin d'avril, je me lève, le coeur au bord des lèvres, comme à tous les matins depuis quelques temps...

Un pipi et quelques minutes plus tard, me voilà les yeux bien écarquillés devant mon petit bâton de plastique clearblue qui affiche un beau "+" bien évident comme sur le mode d'emploi...

?!...!! Ça y est!! Déjà??; Enfin!! : Je suis enceinte!!!

Dans ma tête, les déjà et les enfin s'entremêlent avec tous les signes de ponctuation existants, et je me demande bien de quoi je peux avoir l'air tandis que je reviens dans le lit en guettant d'avance la réaction qu'aura mon chéri quand je lui dirai enfin/déjà que c'est enfin/déjà positif.

(...)

Il n'a pas dit grand chose, mais vous savez, une face vaut bien des signes de ponctuation réunis.

* * *

C'est fou ce que ça pense vite, un cerveau... Alors que parfois c'est si paresseux et lambineux, tout à coup ça se met à penser à tout en même temps: les noms, les maisons de naissance, la pièce de la maison à transformer en chambre d'enfant, les sièges d'auto, les parents qui vont devenir grand-parents, les listes de téléphones à faire, de choses à lire, à apprendre... En deux temps trois mouvements mon navigateur internet est rempli de nouveaux liens dans mes favoris, une épicerie santé est faite, un livre sur le développement de bébé est acheté, et je sais déjà qu'il y a là-dedans un petit coeur...

* * *

Compenser: contrebalancer, équilibrer, racheter, indemniser.

* * *

Bon, je ne vous ferai pas le coup, je ne vous ferai pas croire ni pendant des jours ni pendant des semaines qu'il y a un petit être caché derrière mon nombril. Quelques temps plus tard, après un gros mal de ventre inquiétant et trop d'heures passées à l'urgence, après des examens, des prises de sang, des espoirs, des inquiétudes et après avoir développé un genre de simili-trouble-obsessionnel-compulsif me poussant à aller aux toilettes toutes les demi-heures pour estimer mes pertes de sang, le verdict est tombé de la bouche de l'échographe, à peu près aussi froid que le gel qu'on vous met sur le ventre pour tenter d'y voir quelque chose à l'échographie.

"Y'a aucun signe de grossesse, tout est évacué. Au moins t'auras pas besoin de curetage."

* * *

Compenser ( suite ) : Compenser une perte par un gain, un ennui par une satisfaction.

* * *

Bête, comme histoire, hein? Banal, même, si on considère qu'une grossesse sur 4 se termine par une fausse couche... Plutôt platte, je dirais. Tous ces espoirs qui tombent à l'eau, que voulez-vous, ça ne fait pas une histoire drôle, c'est moche, c'est dur à traverser peu importe les "y'en aura d'autres" qu'on peut nous dire pour nous réconforter, mais c'est ça qui est ça, en tout cas c'est ça qu'aura été mon printemps 2007. De l'inquiétude, des bleus de prises de sang sur les bras, des poches sous les yeux, un temps de merde et un poster de winnie l'ourson qui traînera pendant un bon bout de temps dans l'amertume de mon garde-robe.

* * *

Compensation: Avantage qui compense un désavantage. Dédommagement, réparation.

* * *

J'ai été plusieurs semaines à haïr intensément les femmes enceintes, de mêmes que tous les êtres humains osant se promener avec une poussette devant moi. Ça, c'est tout un tabou à défaire, quand même. Haïr une femme enceinte, ça ne se fait pas vraiment, surtout quand on l'haït spécifiquement parce qu'elle a une belle bedaine et qu'elle semble heureuse et épanouie... Ça ne se fait pas, et pourtant, en en parlant autour de soi, c'est fou comme on se rend compte que c'est répandu.

"Bon, une telle est encore enceinte, la vache..."

* * *

Compensatoire: qui compense. (ah bon.)

* * *

Bon, tsé, finalement, la vie reprend son cours, le travail, les questionnements, les émissions de télé insignifiantes, les poussettes sur la rue, les vacances qui approchent, les vélos qui sortent, les bedaines en chandails moulants, enfin rouler en voiture les fenêtres baissées, la routine, le travail, planifier un petit voyage pour l'été qui s'en vient, les bébés en poussette qui font des risettes.

La vie reprend son cours, mais pas tant que ça. Juste un peu à la fois.

* * *

Finalement, on se paie des trucs. On le mérite bien, l'année a été dure après tout... Des vacances, des restos, des soirées au cinéma... Une folie par ci, un extra par là, et puis tant pis, gardez la monnaie... je le mérite bien, comme dans la pub de l'Oréal.

* * *

Deux petits yeux doux, tellement doux... et intelligents aussi! De petites dents toutes blanches, deux belles longues oreilles, une belle langue rose, de grosses papattes fortes et poilues, une petite bête charmante comme on en voit rarement...
Le chiot le plus mignon, le plus calme et le plus docile que j'aie jamais vu. J'ai craqué pour un cocker, en plein pet shop durant mes vacances ;O)

Il me reste à amadouer le propriétaire. Un regard de piteux-pitou devrait suffire.

En attendant, je flatte, je nourris, je promène, je ramasse le caca, je répète mille et une fois assis, couché, reste, je me fais arrêter à tous les coins de rue par les passants qui n'en reviennent pas de voir mon beau petit pitou. Et pendant ce temps-là, c'est drôle, les bedaines des plus-chanceuses-que-moi me dérangent un peu moins, occupée que je suis à catiner ma bibitte bien poilue.

* * *

Compensation: acheter un chien après une fausse couche.

* * *

Ben quoi? On n'a qu'une vie à vivre...



vendredi 25 mai 2007

A +

"Merde. J'vais encore pas savoir où regarder, et il va encore falloir que je cache ma note."

C'est à peu près ce qui se passait dans ma tête quand le professeur annonçait, à la demande générale de mes camarades de classe un peu trop curieux à mon goût, que c'était encore moi qui avait eu la plus haute note.

"Combien qu't'as eu?"

...

Je me souviens des "Combien qu't'as eu?", comme un genre d'intrusion perverse dans mon intimité, comme des attentats à la pudeur déguisés en intérêt véritable pour ma petite personne... Bien sûr que dans un sens, j'étais fière de dire que j'avais eu tout-bon... mais ce n'était pas à moi vraiment qu'on s'intéressait, dans ces moments-là, ni à ma fierté, d'ailleurs. C'était à mes notes, et surtout, à l'écart entre mes notes et celles des autres.

"Comment tu fais??

Je me souviens aussi des "Comment tu fais?", et des regards un peu éberlués qui venaient généralement avec. De l'impression d'être un extra-terrestre aussi, je me souviens.

"Euh... j'sais pas... j'm'en rappelle, c'est tout..."

Moi qui ne me vantait jamais d'avoir de meilleurs résultats que quiconque alors que j'aurais bien pu m'asseoir sur mes 30-points-d'écart-d'avec-la-moyenne, croyez-moi, quand quelqu'un d'autre avait 1 point de plus que moi, ça se savait, et assez vite.

"Je l'ai battue!! Je l'ai battue!"

Comme un vulgaire monstre de jeu vidéo qui nous empêche d'aller au tableau suivant.

"Non mais, j't'ai tu écoeuré en public avec ça, moi, les 72 autres fois dans l'année où j'ai eu 38 points de plus que toi ?"

J'aurais bien aimé être moins douée, mais avoir le sens de la répartie à la place.

* * *

Bon, j'ai aussi mes C - , comme tout le monde. Des D, même. Des ruptures, des doutes, des refus, des recommencements boiteux, ... ah oui, j'ai coulé mon permis de conduire à deux reprises, aussi. :O)

Évidemment, ça pourrait être pire. J'aurais pu sombrer dans la drogue, faire faillite 8 fois en sept ans, mettre le feu à ma maison et me faire prendre par mes assurances ou encore être témoin de la mort sanglante de mes parents adoptifs dans un terrible accident de voiture le jour de Noël. Là, vraiment, j'aurais pu sans vergogne écrire un livre sur mon histoire, et y décortiquer, avec maints encouragements de tous et chacun, les tristes causes de ma vie difficile, ainsi que les sources de ma nouvelle appréciation des choses simples de la vie: travailler comme serveuse, être une humble mère monoparentale, regarder le coucher du soleil des fois, pouvoir offrir de la plasticine qui sent la cerise chimique à mes enfans. Yé.

"Ce soir à Claire Lamarche, spécial "Je m'en suis sorti". "

Non, au lieu de ça, moi, je me contente de problèmes tout à fait banals... subtils, même. Rien qui soit répertorié dans la grande encyclopédie des vrais problèmes. Que des trucs ordinaires desquels on peut toujours se faire dire "Ça aurait pu être pire". Juste des C moins, ou des D.

Bien sûr, mais pour moi, avoir juste 83%, ce n'est pas normal. Vous me trouvez névrosée? Peut-être, sûrement, en fait... comme tout le monde. Mais sachez que je suis loin d'avoir inventé tout ça... Même si j'ai beaucoup aimé la plupart de mes professeurs, tant au primaire qu'au secondaire, j'ai des souvenirs très clairs de la remise de certains travaux ou examens... Je me souviens très bien des "Qu'est-ce qui s'est passé??" notés à l'encre rouge quand j'avais moins que 85, ou plus horrifiant encore, moins que 80... alors que l'habitué-des-échecs du pupitre d'à côté se voyait ensencé par un "Continue ton bon travail!" lorsqu'il dépassait enfin le cap des 65. Deux poids, deux mesure; la norme pour moi, et la norme pour les autres.

* * *

J'ai appris dernièrement quel était mon groupe sanguin.
A +.
Voilà qui explique tout.

mardi 22 mai 2007

Aller loin

"Toi, tu vas aller loin", m'a un jour dit un professeur qui devait déjà compter les mois qu'il lui restait à tenir avant la retraite tant attendue...

Aller loin. Je suis sensée aller loin. On me l'a assez dit, ça doit être vrai.

***

Enfant, j'étais première de classe. Pour moi qui écoute plus facilement que je ne parle, c'était facile. Un pet. Écouter, regarder, comprendre, et reproduire. Deux plus deux font quatre, cinq fois cinq ça fait vingt-cinq, "mais-ou-et-donc-car-ni-or", "pou-hibou-chou-genou" et compagnie, sortez vos cahiers de dictée et votre duo-tang de vocabulaire.

***

J'ai commencé le piano à l'âge de 6 ans. J'avais un professeur qui m'appelait son "petit génie".

"Eille, Sylvie, c'est ELLE, mon p'tit génie"...

À chaque début de cours, il me laissait m'installer dans le local, sur le banc de piano, sortir mes cahiers, et il m'invitait à me réchauffer tandis qu'il allait je ne sais où, peut-être à la salle de bains, prendre un verre d'eau, une petite pause, fumer une clope avant de commencer le cours, peut-être... Plutôt que de me préparer à ma leçon, je passais mes 5 minutes de solitude à me questionner. J'ai mis des années à comprendre la raison de mon surnom. D'ailleurs, quand je demandais à ma mère le plus sérieusement du monde "Pourquoi il m'appelle son p'tit génie???", dans mon souvenir d'enfant, elle se contentait de me trouver cute en rigolant sans trop me donner de réponse.

J'ai mis presqu'autant de temps à comprendre ce que voulait dire "se réchauffer", moi qui me demandais à chaque début de cours ce qui pouvait bien faire croire à mon professeur que j'avais toujours froid. Tout un génie, hein? :O)

Lui aussi, il me disait que j'irais loin. On l'a croisé quelques années plus tard dans le stationnement de l'épicerie. Je poursuivais mes cours avec un autre professeur, une question d'horaire, sans doute. Ma mère lui avait dit que je préparais Fur Élise pour le concert de fin d'année. Il a eu l'air satisfait.

Est-ce que c'était ça, aller loin?

...

Loin où, au juste?

Et... comment sait-on qu'on est rendu?

Aller loin. Comme une obligation de vie de plus. Comme si payer son loyer, devenir une meilleure personne, chercher le bonheur, faire attention à sa santé, aimer son prochain ne suffisaient pas. Vivre la routine le mieux possible, essayer d'avoir une vie équilibrée, varier son menu, boire beaucoup d’eau, prendre des vitamines, recycler, se renseigner, suivre l’actualité, avoir des opinions, prendre du temps pour soi, s’entraîner, se mettre en valeur dans de beaux vêtements-équitables-payés-malgré-tout-pas-trop-cher, demeurer belle pour l’être aimé, vivre les deuils de la vie, les séparations, les changements, le vieillissement, les craintes, les blocages, se regarder le nombril, créer des liens avec d’autres, entretenir les amitiés et les liens familiaux, trouver des idées originales pour la fête des mères et celle du chum idéal, trouver le temps à travers tout ça de travailler avec le sourire, avec positivisme, de se faire des lunches en gaspillant le moins de restants possible dans le frigo, de faire le ménage, le lavage, de passer chez le nettoyeur, d'avoir des idées de décoration pour la salle de bains, d'avoir des projets… et il faudrait en plus « aller loin ». Loin, où ça? Loin dans le monde? Loin dans ma tête? Loin selon les critères sociaux de prestige et de réussite financière? Loin dans la liste des 20 plus belles femmes du Québec? Loin parce qu’on a passé à la télé?

Je vais aller loin. Tout le monde me l’a dit quand j’étais petite.

J'ai 30 ans.

"Maman? ...

...

Quand est-ce qu'on arrive??"